Mme Lise Wetzel, chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

10 mars 2019

Samedi 9 mars à 15 heures a eu lieu dans la salle des Fêtes de Lyons-la-Forêt en présence de M. Thierry Plouvier, Conseiller départemental, Maire de Lyons-la-Forêt, la remise par Laurence Le Vert – Crosthwaite des insignes de chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Mme Lise Wetzel, Présidente d’Honneur des Amis de Lyons.

De droite à gauche : Mme Lise Wetzel, M. Thierry Plouvier et Mme Laurence Le Vert – Crosthwaite. Crédit Dominique Becker (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

 

C’est un bel événement, à la fois pour notre commune et pour notre association que Mme Lise Wetzel a présidée jusqu’en 2010. Un vie consacrée à la culture et au rayonnement du Pays de Lyons comme en témoigne le beau discours rédigé par François Le Vert, membre du Conseil d’administration des Amis de Lyons, et prononcé par Laurence Le Vert – Crosthwaite.

Chère Lise,

C’est un grand honneur que vous me faites en me demandant aujourd’hui de vous remettre votre croix de chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres. C’est un honneur auquel je suis sensible mais c’est aussi, je crois le témoignage de près d’un siècle et demi d’amitié entre nos deux familles : amitié précieuse, déclinée de génération en génération, mais aussi amitié lyonsaise, inscrite dans notre cité normande à laquelle votre famille alsacienne a tant apporté.

La décoration que le Ministre de la Culture vous a décernée récompense justement l’action que vous avez développée pendant plus d’un demi siècle au service du patrimoine lyonsais.  Une action originale, pour laquelle vous avez été précurseur de nombreuses initiatives développées aujourd’hui partout en France, mais aussi une action patiente,  souvent très humble et toujours tournée vers la vie locale avec un profond souci de faire prendre conscience à chacun de la dimension culturelle de son décor, de ses usages et de ses traditions.

Votre vie tout entière est baignée dans cette grande culture européenne dont la famille Dollfus est imprégnée. Vous avez respiré dès l’enfance les effluves de l’art et du savoir auprès de votre père, le célèbre aéronaute et fondateur du Musée de l’Air, Charles Dollfus et de ses frères, Jean le géographe et aquarelliste et Marc-Adrien, le médecin et archéologue.

C’est donc tout naturellement que vous avez suivi les cours de l’Ecole du Louvre avant de devenir chargée de mission auprès du grand Georges-Henri Rivière, créateur du Musée National des Arts et Traditions populaires. Vous y affinerez votre goût et votre conscience de la valeur culturelle des petites choses de la vie quotidienne. Vous y apprendrez aussi les secrets de la muséographie qui vous seront si précieux lorsque des années plus tard vous mettrez en place les expositions du grenier de notre Hôtel de Ville.

Vous quittez ensuite Georges-Henri Rivière pour être embauchée dans l’équipe de Madeleine Hours qui fonde alors le Laboratoire de recherche des Musées de France.  Vous y vivrez les premières applications au patrimoine culturel des technologies de conservation et d’investigation scientifiques.

La vie familiale vous éloignera bientôt des musées parisiens mais les collections du Pays de Lyons vous permettront vite de mettre en application les connaissances acquises par votre expérience professionnelle.

Après la mort de votre oncle Marc-Adrien, ses importantes collections d’histoire et d’ethnologie locale sont offertes par ses enfants à l’Association des Amis de Lyons et déposées dans le grenier de la Mairie. C’est vous qui en faites l’inventaire scientifique et qui obtenez du Maire, Henri Collard, avec la complicité de Maman, conseiller municipal et présidente des Amis de Lyons, que ce grenier puisse devenir une salle d’exposition destinée à faire connaître cette riche collection Dollfus, rebaptisée « collection du Pays de Lyons ».

Durant des années, vous organisez chaque été des expositions de grand intérêt scientifique, consacrées à des thèmes lyonsais : la table en Pays de Lyons, le costume, le feu, le verre, les indiennes et bien d’autres sujets. Pour toutes vos expositions, vous puisez dans les collections Dollfus, mais vous savez aussi mobiliser les ressources de nombreuses familles lyonsaises qui découvrent grâce à vous que tel objet conservé depuis des décennies au fond d’un grenier revêt un véritable intérêt culturel.

C’est dans ces expositions qui impliquaient toute votre famille que s’est révélé votre génie de la transmission. Elles ont porté votre souffle. Elles permettaient au visiteur de percevoir comment on avait pu passer de l’antique poterie à la vaisselle de plastique dans une continuité rationnelle. Vous faisiez vivre hier pour comprendre aujourd’hui et préparer demain.

Grâce à vous les enfants des écoles ont reçu les témoignages recueillis auprès de leurs anciens.

Beaucoup de ces objets auxquels vous avez redonné vie n’étaient enfouis que dans un passé récent. Vous avez ressuscité des mémoires, délié des langues, recueilli des témoignages. Vous nous avez aidés à inscrire les gestes du quotidien lyonsais dans une dimension historique.

L’objet forgé à la main fait de celui qui l’a créé un acteur d’éternité, comme dit Paul Valéry. Son geste le rapproche de ce qui le transcende. Vous nous avez aidés à en prendre conscience. Vous avez redonné sa dimension morale à l’acte le plus simple.

Lorsque votre mari, Robert Wetzel, prend la présidence des Amis de Lyons à la suite de Maman, vous développez ensemble des activités très variées qui restent inscrites dans la mémoire des Lyonsais : conférences, visites de sites historiques ou industriels, publications, accueil de groupes, participation à de nombreux congrès de sociétés savantes, sorties proposées aux scolaires…

Vous vous étiez fixé la mission de faire connaître et aimer Lyons par les Lyonsais mais aussi hors de nos murs par un public nombreux que vous avez su attirer et au-devant duquel vous avez su aller. Vous fréquentiez ainsi les congrès de sociétés savantes car ils étaient autant d’occasion de parler de Lyons et d’évoquer ses spécificités

La culture dont vous avez été les porteurs, Robert et vous, n’a jamais été un patrimoine mort. C’est un monde vivant, accessible à tous et proche des intérêts de chacun. Votre goût de la pédagogie et votre souci des autres, ainsi que votre ouverture d’esprit, hérités de la morale et de la tradition protestante ont donné un sens à votre action.

Après la mort de Robert, vous reprenez la présidence des Amis de Lyons. Vous l’exercerez jusqu’en 2010 avec un dévouement et un dynamisme exemplaires. Vous aviez, avec votre mari, ouvert l’association à de nouveaux publics, à de nouvelles thématiques, sans perdre de vue son objet normand et son rôle au service de la population locale.

Ce que récompense l’insigne que je vais maintenant vous remettre, c’est votre engagement à prouver que tout est culture et que la culture doit être ouverte à tous.

Pour cette vie, animée par l’esprit et largement donnée à la communauté lyonsaise, j’ai la joie, devant tous les Lyonsais ici assemblés, au nom du Gouvernement de la République de vous faire Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.